Succéder à N. Sarkozy, le président Hadopi (X3), est une chance immense de se rallier une communauté du numérique qui ne s’inscrit clairement pas dans le clivage gauche-droite (et elle n’est d’ailleurs pas la seule !).

Cette communauté, aussi variée soit-elle, a une influence de plus en plus prégnante sur la base électorale, à la fois grâce à un travail de sape idéologique, à l’aide de contenus de différentes natures qui remettent les libertés individuelles au centre du débat politique, mais aussi grâce à une multiplicité d’actions plus ponctuelles. Ces actions, qui se sont matérialisées par le séisme Wikileaks comme par l’inattendue efficacité des révolutions arabes, sont les vecteurs de la force dévastatrice pour les régimes en place que peut constituer le cyber-activisme.

Les outils proposés par les nouvelles technologies bouleversent radicalement notre conception de la démocratie. Tenter de les contenir  par la censure revient à laisser gonfler une bulle qui n’attend guère qu’une cruelle prise de conscience collective pour nous exploser au visage. Un pari plus avisé serait d’accompagner cette « révolution » et de miser sur le fait que les nouvelles formes de démocratie vouées à émerger auront toujours besoin de structures solides de gouvernance. Nul ne peut prévoir l’état de la société dans 15 ans. Mais rien ne dit que des mouvements de contestation qui s’organisent aujourd’hui selon une logique entièrement décentralisée, sans véritable hiérarchie, imposeront cette structure (ou cette absence de structure..), quand bien même ils imposeraient leurs idéologies basées sur la suprématie des libertés individuelles et de la transparence. La « gueule de bois » post-printemps arabe n’en est qu’une illustration. Autrement dit, nous pouvons tenter de répondre aux attentes d’une dissidence qui prône la transparence, ou bien prendre le risque de laisser cette dissidence (au fort potentiel mobilisateur) s’emparer du pouvoir, de notre pouvoir (entendu comme celui d’une classe politique qui s’auto-régénère par des mécanismes si bien huilés dont Sciences Po est un maillon décisif).

Concrètement, pris dans l’étau des lobbys pro-Hadopi, nous ne faisons que lier notre survie à des colosses ébranlés d’un modèle économique dépassé.  La propriété intellectuelle est un peu comme toutes les promesses politiques, elle n’engage que ceux qui y croient. Pour les autres, elle apparait de plus en plus comme le vestige d’un temps révolu qu’une poignée de politiques défend pour sauver ce qui reste des sponsors de leur pouvoir. N’hésitons pas à déverrouiller notre démocratie mais efforçons nous d’en conserver la clé, c’est-à-dire un soutien populaire imposant, dans un pouvoir politique transparent. Le modèle scandinave doit nous inspirer : apaiser la démocratie passe par la réaffirmation de ses piliers fondamentaux que sont la défense des libertés individuelles et la transparence des décisions politiques.

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