« C’est pourtant le grand défi de l’Occident, s’adapter au monde qu’il a créé. »
Michel Serres dans un article de « Libération »

Dans un article de Libération en septembre, le philosophe Michel Serres explique le nouveau monde de « Petite Poucette », un monde bouleversé par la technologie. Aujourd’hui, Occupy Wall Street, le mouvement des Indignés ou encore le printemps arabe sont des symptômes de notre société qui change et dans lequel l’ancien système de pouvoirs ne fonctionne plus. Les décideurs politiques éduqués à la vieille méthode ne peuvent plus continuer à diriger un pays comme la France sans prendre en compte ces changements fondamentaux, qu’ils ne comprennent pas et qui créee un grouffre profond entre les anciennes et futures générations.

Par ailleurs, il existe un problème fondamental qui donne un sens à l’utilisation des nouvelles technologies. « C’est la pensée, ou l’absence de pensée, qui gouverne le monde. Et penser n’est pas si dangereux… ». Pierre Legendre, philosophe français pourtant peu connu dans notre pays, a bien reconnu le problème. De nos jours, la France n’est pas gouvernée par des penseurs de l’Etat, mais par des gestionnaires. L’Etat est « managé » comme une entreprise. Et c’est aussi cette dérive non-démocratique qui est aussi à l’origine du mécontentement de la population, qui se retrouve démunie de tout pouvoir, de toute représentativité démocratique et qui ne peut faire confiance à des hommes politiques qui fournissent promesse sur promesse et qui finalement finissent par accumuler scandale sur scandale durant leurs mandats. Les citoyens attendent un changement, une rupture majeure dans une ère révolutionnaire, et qui grâce à l’invention des nouvelles technologies sont maintenant capables de radicalement changer les dispositions de pouvoirs. Dans ce contexte de crise, de mécontentement, d’injustice sociale et de mensonges politiques, les citoyens ont maintenant un moyen de s’exprimer sur internet.

Analyse des problèmes en France

1- La France a perdu son influence internationale et doit s’adapter à un nouveau contexte géopolitique.
En effet, la France n’a jamais été obligée de prendre rendez-vous en tête-à-tête comme l’Allemagne à la sortie de la guerre, puisqu’elle est sortie vainqueur de deux guerres mondiales et de deux guerres coloniales sans subir les conséquences d’une défaite. Ainsi, la France est en déclin, elle se repose sur ses lauriers acquis il y a maintenant 2 siècles : Droits de l’Homme, liberté, égalité, fraternité. La France ne cherche pas à se redéfinir ou à progresser alors qu’elle en aurait besoin.

2- Les scandales politiques comme DSK et Bettencourt, l’affaire Cleastream, les financements illégaux des campagnes électorales, le marketing politique, les partis politiques sans idéologies distinctes, le scandale Mediator, l’intervention en Lybie « afin de soutenir le peuple lybien »…tout ces évènements honteux sont symptômatiques d’une République fatiguée, qui oublie lentement mais sûrement ce que signifie la notion de « débat politique » ou de « vision politique ».

3- On oublie par la même occasion ce que « gouverner » veut dire. Il manque des penseurs de l’Etat dans « l’ère des gestionnaires » (ref. Pierre Legendre/ Ostwald Spengler). Les institutions françaises, pourtant si bien pensées, n’ont plus d’avenir. Et même les élites politiques se rendent compte que le fonctionnement de notre démocratie doit changer en vue des bouleversements majeurs qui s’opèrent de nos jours.

4- La France est un pays dans lequel les inégalités sociales, la pauvreté, le manque de moyens dans l’éducation du système de santé sont de plus en plus apparent et montrent la défaillance des hommes politiques à régler les problèmes.

5- Il y a donc une profonde rupture entre la réalité populaire et le monde des hommes politiques, qui s’imaginent que l’instance « Etat » est encore souverain et capable de contrôler le bon fonctionnement de notre société. Le pouvoir politique est au pied du mur, et il doit changer, encore mieux, gouverner au lieu de « gérer ». Malgré les nouvelles technologies, les citoyens n’ont pas de plan visionnaire pour sortir de cette crise économique et de légitimité politique sévissant en France. Ainsi, c’est le rôle des prochains décideurs de s’adapter au contexte, de comprendre les nouvelles technologie et de remettre sur pied cet Etat français qui cour à sa perte.

Enjeux du numérique pour les futurs décideurs et adaptations nécessaires :

Les nouvelles technologies permettent aux gens de s’exprimer, de se regrouper, de manifester, d’avoir un impact substantiel, mais c’est bien à l’Etat de s’adapter et d’agir le plus vite possible pour assurer son rôle en tant que responsable d’un bon fonctionnement de notre société, d’une représentativité des opinions publiques et d’assurer une justice, en réformant les institutions et en s’adaptant aux changement du 21ème siècle.

En effet, de nouveaux acteurs ont émergé dans une société de l’information immédiate et dans laquelle la sécurité informatique absolue n’existe pas. Twitter et Wikileaks sont représentatifs de cette nouvelle ère dans laquelle chacun est constamment connecté, en contact, informé. Ces changements se sont traduits par exemple en Allemagne et en Suède par l’apparition de partis des pirates, partis politiques avec un programme axé sur la liberté d’expression sur internet, encore à un stade embryonnaire mais qui risquent de gagner en influence rapidement. Les Français ne font plus confiance aux médias, ni au gouvernement, mais à internet. Des réformes sont donc nécessaires pour rétablir une confiance dans les médias et dans les institutions. Voici quelques constats sur l’impact des nouvelles technologies et les conséquences que celles-ci peuvent avoir sur les évènements politiques, afin de donner des suggestions quant aux changements nécessaires.

1- Internet est un nouveau média très puissant et il est impossible de contrôler la liberté d’expression sur le net. Hadopi ne pourra pas fonctionner à long terme, il est donc plus intelligent de travailler au rétablissement de la confiance en les institutions et les médias plutôt que de vouloir interdire le développement de nouveaux moyens de communication. On voit bien que le printemps arabe a été rendu possible grâce à leur utilisation, et même en Chine le gouvernement communiste n’arrive pas à censurer tous ses opposants sur internet.

2- Les décideurs politiques ont besoin d’une formation informatique plus développée afin de comprendre l’enjeu des nouvelles technologies pour les pouvoirs politiques. Il faut que l’Etat puisse garantir une balance entre la liberté d’expression sur internet mais aussi la protection de l’Etat (controverse Wikileaks). En ce qui concerne la liberté d’expression, il va falloir revoir les lois Gayssot et comprendre qu’Internet ne respecte ni les frontières d’un pays ni les moeurs. Il va falloir se rendre à l’évidence que la censure de sites pornographiques, antisémistes, violents et racistes est pratiquement impossible, et par conséquent réfléchir aux implications pour la société et la position à adopter par le gouvernement sur ces points là.
Par ailleurs, et pour ne pas perdre sa légimité, l’Etat va devoir radicalement réformer sa politique de communication et axer ses politiques sur la transparence pour éviter les étouffements (souvent ratés) de scandales politiques.

3- Internet peut être un moyen de rétablir un débat politique. Par exemple l’Islande a développé un projet de rédaction de la nouvelle Constitution sur le net. Sans être un exemple à suivre, cela montre qu’internet pourra, à une moindre échelle, être porteur d’un débat politique approfondie et d’établir une véritable démocratie participative.

4- Internet permet la création de pouvoirs politiques qui peuvent devenir très puissants en peu de temps, par exemple le mouvement « Anonymous ». Ces nouvelles formes d’hyperdémocraties n’ont pas de leaders et fonctionnent uniquement pas consensus, établissant une égalité totale entre « users » : « there’s no I in US ». Les futurs leaders politiques doivent pouvoir comprendre et analyser ses mouvements et s’adapter à la naissance d’autres « partis » sur le net.

5- Internet est un outil que chacun utilise mais que personne ne comprend. Le retard des politiques qui ignorent le fonctionnement de cet outil peut devenir très dangereux pour eux. Il faut comprendre qu’Internet utilise une autre forme de communication, souvent symbolique, à travers des images, et qui est par ailleurs très efficace et rapide. Finalement, Internet et des outils comme Facebook et Skype permettent und distortion du temps et de l’espace.

6- Internet est un moyen de cyberguerre, de cyberterrorisme, d’espionnage industriel comme cela a déjà été le cas (espionnage industriel par le gouvernement chinois, utilisation d’un virus pour ralentir l’enrichissement d’uranium en Iran par les Etas-Unis, mise en quarantaine des sites internet gouvernementaux en Estonie par la Russie…). Il faut que le gouvernement français augmente son budget pour la protection de ses données informatiques et développe la recherche dans ce domaine afin de garantir la protection de l’Etat.

7- Internet est un outil qui a permit la mondialisation de la citoyenneté (notion de global citizen). Le gouvernement doit comprendre que l’Etat-Nation perd sa souveraineté non pas par des institutions supranationales comme celles de l’Union Européenne mais largement par internet, ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose. Il faut que le gouvernement s’adapte à ces nouvelles technologies qui révolutionnent non seulement les modes de communication des citoyens, mais qui remettent en cause les formes de pouvoirs tels que nous les connaissont.

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