Le modèle méritocratique à la française est fondé sur le gouvernement par une élite « sachante », formée dans les « Grandes Ecoles ». Le postulat d’un tel système est que le reste de la population n’a pas accès à la même qualité d’information, soit par désintérêt, soit parce que l’information est cloisonnée.

Internet pourrait bouleverser cet ordre établi pour plusieurs raisons :

  • Il élargit et accélère la diffusion de l’information

  • Il permet à chacun de devenir créateur de contenu

  • Il permet aux internautes de mettre en perspective l’information diffusée par les médias au regard d’autres sources d’informations désormais accessibles

Le rôle joué par Internet dans les révolutions arabes et la censure exercée sur le web chinois montrent bien les risques que fait peser Internet sur les gouvernements. L’ensemble des personnels politiques doivent désormais mener une réflexion approfondie sur Internet.

Tous créateurs de contenu ?


Kevin, 13 ans, et Madame Michu, journalistes en puissance

Les blogs, les réseaux sociaux et les plateformes de partage de photos (Flickr) ou de vidéos (Youtube) permettent à n’importe qui de créer et de partager du contenu.

Les implications d’un tel phénomène sont importantes : de plus en de plus de personnes possèdent le matériel et les compétences techniques suffisants pour proposer du micro-journalisme. La caméra d’un téléphone et un accès Internet permettent de mettre en ligne les évènements auxquels on assiste, les internautes faisant ensuite le tri entre ce qui mérite d’être vu ou pas.

L’influence d’Internet se ressent dans les médias traditionnels : la télévision a désormais recours au data-journalisme, qui consiste à mettre en lumière les incohérences du discours des personnages publics grâce aux archives vidéo. Ce procédé est très facile à reproduire pour quiconque sait trouver les vidéos d’interview en ligne, les extraire et les monter sur Windows Movie Maker ou iMovie.

combien créent réellement du contenu ?

Il a été observé dans les communautés virtuelles que la participation des membres est inégale et  suit la « règle du 90-9-1 » ou « règle du 1% »# :

 

  • 1% des internautes sont des créateurs de contenu

  • 9% des internautes réagissent au contenu (partage, commentaire)

  • 90% des internautes sont de simples spectateurs et se contentent de lire ce que les dix autres pour cent ont publié

Mais alors, rien n’a changé ?

Certes, tous les internautes ne produisent pas du contenu et tous les blogs ne sont pas à visée politique, pour autant, la multiplication des sources auxquelles les internautes ont accès leur permet de développer un sens critique et une exigence plus élevés vis-à-vis de l’information. 

Sites d’information, réseaux sociaux, flux RSS: comment accède-t-on à l’information en ligne?


L’accès a l’information se fait de plus en plus via internet

 Un projet du think tank américain Pew Research Center montre qu’Internet est le seul secteur des médias qui connaît aujourd’hui une croissance en termes d’audience aux Etats-Unis.

 

Source: Nielsen Media Research, Pew Research Center for the People & the Press, Audit Bureau of Circulations.

La France, Entre médias traditionnels et nouveaux médias

Une visite sur Google trends# permet de vérifier que les médias traditionnels conservent une place importante dans l’accès à l’information des Français, avec plus de 500 000 visiteurs uniques par jour pour LeMonde.fr et LeFigaro.fr.

Parallèlement,  les résultats de Google trends montrent que les internautes diversifient leurs sources d’information et consultent des médias alternatifs (Rue89, Mediapart et consorts) en complément des quotidiens classiques. Tirée de la même page que le graphique précédent, la copie d’écran ci-dessous montre les autres sites que les lecteurs du Monde.fr consultent régulièrement :

Le partage d’articles sur les réseaux sociaux en croissance

La quasi-totalité des sites d’information et des blogs proposent de partager leurs articles sur les réseaux sociaux. Des personnes qui n’ont pas pour habitude de lire la presse découvrent ainsi par leurs amis (Facebook) ou par les personnes qu’elles suivent (Twitter) des articles qui peuvent les intéresser, avec possibilité de les commenter, de les partager ou de les « retweeter ».

 

Les lecteurs de flux RSS : pour une veille efficace

Il s’agit là d’une façon moins répandue de consommer l’information en agrégeant les flux d’information de nombreux sites, choisis pour leur pertinence, sur un même tableau de bord. Il existe plusieurs agrégateurs RSS, dont les plus connus sont Google Reader et Netvibes (copie d’écran ci-dessous).  

Quelles conséquences pour les politiques ?


meilleure information et liberté d’expression accrue

L’écart d’information entre les politiques et la population tend à diminuer grâce aux médias alternatifs et à l’apparition de plateformes comme Wikileaks qui prônent la transparence. Mieux informés, capables de créer du contenu, les internautes osent prendre position sur des problèmes de société et se fédèrent en communautés. Le niveau d’information partagé par tous fait que la relation aux institutions change.Les usages collaboratifs d’internet viennent renforcer les mouvements contestataires existants et pourraient, d’ici quelques années, déclencher une prise de conscience quant à la possibilité de pratiques politiques d’avantage participatives.

La possibilité de détecter des signaux faibles

 La liberté d’expression qu’offre Internet permet aux opinions extrêmes – xénophobie, homophobie, anarchisme – de s’exprimer. Mal reçues sur les sites grands publics, elles tendent à se concentrer sur des blogs et des forums de pairs. Une veille efficace sur Internet permet de détecter les signaux faibles de tendances présentes au sein de la société française.

 

Deux exemples :

  • Une surveillance du blog Français de Souche permet de comprendre les composantes du mouvement nationaliste français, d’anticiper ses attaques et potentiellement de les désamorcer.

  • Le mécontentement vis-à-vis des abus policiers prend de l’ampleur depuis quelques mois avec la réplication du site américain Copwatch ou plus récemment avec le site du Collectif contre le contrôle au faciès.

La difficulté d’encadrer les usages d’internet

On appelle « effet Streisand » le phénomène Internet qui veut que l’interdiction d’un contenu sur internet en décuple la diffusion. Le mirroring consiste par exemple à créer des copies exactes d’un site, notamment pour en empêcher la disparition. C’est ce qui s’est passé pour le site Copwatch, après l’annonce d’une possible procédure de blocage. 

Trois leçons primordiales pour les politiques

Le capital confiance des politiques en France est aujourd’hui extrêmement bas. La démocratisation d’Internet amplifie ce phénomène et il est donc important que les hommes et femmes politiques s’adaptent à cette nouvelle ère : 

  • 70% des Français sont utilisateurs d’Internet (Banque Mondiale) et il est donc essentiel pour les politiques de suivre les usages des réseaux sociaux et d’en comprendre les enjeux

  • Parce qu’elle engage sa crédibilité, la classe politique française ne peut continuer de se laisser dicter sa politique numérique par les lobbys et agences de communication

  • Enfin, la transparence qu’offre Internet devrait provoquer un déclic quant à la communication politique : le mensonge et la dissimulation ne sont plus des options valables

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